AFP - LIBERATION.FR : mercredi 6 août 2008
Echapper au don, ne plus recevoir,
c'est ce que désire plus que tout Duniya. À l'image de son pays, la Somalie, prisonnière de l'aide humanitaire, elle veut fuir ces dons intéressés qui font de celui qui reçoit l'obligé de celui qui donne, la femme appartenant aux offres des hommes, les pays du Sud aux surplus offerts par les pays du Nord.
Faisant jaillir de ce seul mot de " don " tous ses sens et tous ses pouvoirs, le merveilleux écrivain qu'est Nuruddin Farah, enchante autant le lecteur qu'il lui pose de questions.
Présentation de l’éditeur
Duniya est sage-femme. Elle élève seule deux de ses trois enfants, Mataan et Nassiba. De nature indépendante et intègre, elle s’arrange pour vivre sans jamais faire appel aux autres.
Car Duniya ne désire qu’un chose : échapper au don qui, pour elle, est toujours intéressé et qui l’offense. " Toute générosité non sollicitée finit par créer des obligations, on se sent piégé dans un labyrinthe de dépendance ", explique-t-elle. Jusqu’au jour où deux événements viennent bouleverser sa vie et sa vision des choses : elle recueille un bébé abandonné et tombe amoureuse de Bosaaso.
L’écriture de Nuruddin Farah, précise, imagée et chaleureuse, est un régal. L’auteur donne aux quatre chapitres de son roman une tonalité distincte mais l’amour et le don en sont la toile de fond commune. Comment accepter de recevoir sans se sentir redevable ? Comment donner sans attendre en échange de la reconnaissance ou " quelque chose qui corresponde à ce que nous avons offert " ? Telles sont les questions lancinantes qui hantent Duniya et finissent par constituer la problématique réelle de l’écrivain appliquée à la politique, à la religion et aux rapports hommes-femmes.
Nuruddin Farah, s’il n’a plus voix au chapitre dans son pays puisqu’il est exilé depuis 1972 pour raisons politiques, porte, à travers Dons, un regard aiguisé sur les problèmes de la Somalie et plus généralement des pays d’Afrique et de leurs peuples. " N’avons-nous pas, nous, dans le Tiers-Monde, perdu notre fierté et notre autosuffisance à cause de la soi-disant aide que nous recevons sans discuter du soi-disant Premier-Monde ? " fait-il dire à son héroïne.
La lucidité de l’auteur fait alors entrevoir le cynisme d’une certaine forme de don qu’on nomme " l’aide alimentaire ". Car c’est bien par cette " aide ", véritable atout des dominants, que les pays du Nord s’imposent à ceux du Sud.
Au final, seul l’amour réussit à échapper à cette logique calculatrice. L’amour généreux que Duniya donne à Bosaaso, et inversement. (source : http://www.afrik.com/article5480.html)
Né en 1945 à Baidhabo en Somalie, Nuruddin Farah a grandi dans l'Ogaden en Éthiopie; il a étudié en Inde et en Angleterre. Premier écrivain somalien à rompre avec la tradition orale, son œuvre, traduite dans une quinzaine de langues, est considéré comme l'une des plus importantes de l'Afrique contemporaine.
Au cours de sa jeunesse, il a appris le somali, l'amharique, l'arabe, puis l'anglais et l'italien.
Entre 1969 et 1972, il a contribué à la mise en place de la transcription du somali selon l'alphabet latin (le somali n'avait, jusque là, d'existence qu'en tant que langue orale).
Il publie son premier roman, From a Crooked Rib, "Née de la cote d'Adam", en 1970, un an après la prise de pouvoir par le général Siyad Barre, qui devint ensuite sa bête noire et dont la politique dictatoriale et autocratique servit de toile de fond à sa première trilogie, publiée entre 1979 et 1983.
Après plusieurs années passées à étudier en Inde, en Angleterre et en Italie, il publie, en 1975, un second roman, A Naked Needle, qui lui vaut les foudres du régime et l'oblige à s'exiler définitivement, menacé à mort.
Entre 1975 et 1992, il poursuit une vie d'errance, s'installant tour à tour dans plusieurs pays africains (Kenya, Éthiopie, Gambie, Nigeria) et refusant, comme certains de ses confrères, de s'installer aux États-Unis, où de nombreuses universités l'invitaient pourtant.
Après la chute du dictateur et l'effondrement de l'État somalien, il revint à deux reprises en Somalie, mais toujours en courant de grands risques personnels.
Il a publié deux trilogies romanesques qui constituent, à ce jour, l'essentiel de son œuvre.
La première comprend les romans Sweet and Sour Milk (1979), Sardines (1981) et Close Sesame (1983), et évoque les combats d'un groupe clandestin contre la dictature militaire de Siyad Barre.
La deuxième, dont le titre général est Blood in the Sun ("Du sang au soleil"), comprend les romans Maps (1986), Gifts (1992) et Secrets (1998).
Il est aussi l'auteur d'un essai fondamental sur la diaspora des années 1990 (Yesterday, Tomorrow, 2000), et de plusieurs pièces de théâtre, jouées mais non publiées. Il a confié en 2003 qu'il ne les ferait paraître qu'une fois qu'elles auraient été jouées à Mogadiscio. Son œuvre est l'une des plus importantes de l'Afrique anglophone, et même de la littérature de langue anglaise. Son approche de sujets complexes au travers d'une langue habitée, poétique et refusant les conventions romanesques, lui a valu l'estime de la critique et d'un lectorat de plus en plus nombreux. Ses romans sont traduits dans une quinzaine de langues, et il a obtenu, en 1998, le prestigieux Prix Neustadt. Son avant-dernier roman publié, Links (2003, édition sud-africaine ; 2004, édition américaine), marque une forme de tournant, dans la mesure où il s'agit d'un récit empruntant ses formes et ses codes au western. Le plus surprenant, sans doute, est la faible part, dans Links, des voix féminines, toujours essentielles dans l'œuvre de Nuruddin Farah, au point même que les éditeurs de son premier roman crurent que l'auteur était réellement, comme la narratrice, une jeune paysanne. De fait, Nuruddin s'est souvent montré très inventif dans son approche des thèmes couramment abordés par les théoriciens des Gender Studies, allant jusqu'à critiquer, dans Maps, les dérives phallogocentriques du nationalisme à travers la métaphore de la menstruation masculine. Nuruddin Farah est l'auteur de très nombreux articles. Essayiste et polémiste fin, il adopte un style parfois déconcertant et métaphorique, qui ne l'empêche pas de prendre des positions souvent radicales et ne font pas mystère de ses inimitiés. Depuis trente ans, cet exilé cosmopolite a trouvé refuge dans la littérature ; il dit se sentir à l'aise dans cette langue anglaise qui lui a offert, semble-t-il, gîte et couvert. Le second paradoxe tient au fait que cet écrivain sans lecteurs dans son propre pays jouisse d'une réputation internationale non négligeable. Le récipiendaire du très convoité Neustadt International Prize for Literature de cette année, délivré par la revue World Literature Today de l'université américaine de l'Oklahoma, est également tenu en haute estime par ses collègues écrivains comme Salman Rushdie, Chinua Achebe ou Nadine Gordimer. Ce prix bisannuel, décerné seulement depuis 1970, concurrent sérieux du Prix Nobel (cf. La Quinzaine littéraire, février 1982), récompense pour la première fois un écrivain d'Afrique noire ; et c'est loin d'être une tare, l'unique auteur français distingué restant Francis Ponge en 1974. A cette occasion, Nuruddin Farah avait pour parrain le Kenyan Ngugi Wa Thiongo et pour concurrents Philip Roth, le Haïtien Frankétienne, la romancière anglaise Doris Lessing ou les poètes américains Adrienne Rich ou John Ashbery pour ne citer que quelques noms. C'est Nadine Gordimer qui écrivait justement que Nuruddin Farah est "l'un des interprètes les plus fins de l'expérience troublée du continent africain" tandis que Salman Rushdie renchérissait en signalant qu'il est "l'un des plus fins romanciers africains actuels".
Dons, son dernier roman paru en France, subtilement traduit par Jacqueline Bardolph, nous plonge dans un Mogadiscio d'avant la belligérance.
Malgré les pénuries et les coupures d'électricité, les Somaliens se font fort de vivre en toute sérénité. Ils inventent mille stratagèmes pour trouver les denrées les plus élémentaires, du lait en poudre pour les nourrissons à l'essence pour les taxis collectifs.
Mais leurs espoirs, leurs rêves et leur soif de dignité restent intacts : "Contre toute attente, il y avait dans l'air une certaine gaieté. Chacun était prêt à entamer la conversation avec de parfaits inconnus sur n'importe quel sujet, même si la principale préoccupation de tous était la pénurie d'essence et les coupures de courant" (p. 10-11).
En tout cas, Nuruddin Farah est là pour éviter les écueils du pathos, du misérabilisme et du pauvre-mais-politiquement-correct, autrement dit la position bien confortable de la victime geignante. Toujours, chez Nuruddin Farah, les êtres gagnent en chair et en profondeur mentale qu'ils écrivent au féminin comme dans certains de ses précédents romans, Née de la côte d'Adam (Hatier, 1987 ; Serpent à plumes, 2000), Territoires (Serpent à plumes, 1995) et Dons ou, gageure non moins exemplaire, qu'il se mette à la place d'un patriarche pieux et asthmatique comme dans Sésame ferme-toi (Zoé, 1997). Partout, on rencontre la même chaleur, la même compassion et la même ironie à l'endroit de tous ses personnages, des plus odieux aux plus vertueux. (Cette note est en grande partie extraite d'un article d'Abdourahman A. Wabéri, ami de Nuruddin Farah et futur préfacier de Une aiguille nue.)
- source : http://www.africultures.com/index.asp?menu=themes&no_rubrique=5
Nuruddin Farah privé d’éditeur en France |
| SOMALIE - 1 juin 2008 |
|
Le Somalien Nuruddin Farah appartient à la famille des Gabriel García Márquez, des Chinua Achebe et des Philip Roth, qui ont profondément remodelé l’art romanesque hérité du XIXe siècle. Or le public francophone qui a lu avec délectation les premiers romans de cet auteur anglophone chercherait aujourd’hui en vain les traductions de ses ouvrages récents : Links (2004) et Knots (2007). Depuis le changement de statut du Serpent à Plumes, ancienne maison d’édition de Farah, ce romancier, qui a raflé tous les grands prix littéraires excepté le Nobel, se retrouve sans éditeur en France ! Il a été question un moment qu’il soit publié par Le Seuil, mais le projet vient de capoter, en raison, semble-t-il, des problèmes de traduction et de cuisine interne entre éditeurs, agents et autres opérateurs du livre. (source : http://www.jeuneafrique.com/) |
Note :
deuxième livres de cet auteur que j'ai découvert avec "née de la côte d'Adam". Magnifique écriture. Dépaysement complet. Aperçu d'une autre culture... tout pour me séduire.
En savoir plus :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nuruddin_Farah
Le dramaturge élisabéthain était apparu sur les planches du Théâtre de Shoreditch, dans l’est de Londres, comme acteur jouant avec la troupe Les hommes de Lord Chamberlain, qui a aussi monté certaines de ses premières pièces.
Les vestiges devraient être conservés sur le site du nouveau théâtre.
Le dramaturge élisabéthain était apparu sur les planches du Théâtre de Shoreditch, dans l’est de Londres, comme acteur jouant avec la troupe Les hommes de Lord Chamberlain, qui a aussi monté certaines de ses premières pièces.
Les vestiges devraient être conservés sur le site du nouveau théâtre.

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Actualité littéraire : NOUVELOBS.COM 06.08.2008 08:57
Intitulé "Le journal de Jérôme Kerviel", le récit à la première personne retrace de façon humoristique le parcours du jeune trader.
Jérôme Kerviel (Reuters)
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Les Bouddhas de Bâmiyân étaient deux statues monumentales de bouddhas debout, excavées dans la paroi d'une falaise située dans la vallée de Bâmiyân du centre de l'Afghanistan, à 230 kilomètres au nord-ouest de Kaboul et à une altitude de 2500 mètres.
On pense généralement que les parties supérieures des visages étaient constituées de grands masques en bois ou en métal.
Ce centre bouddhiste majeur, l'un des plus importants du IIe siècle jusqu'à l'irruption de l'islam dans la vallée, au IXe siècle, accueillait moines et ermites qui résidaient dans de petites cavernes creusées dans la paroi des falaises tout au long de la vallée de Bâmiyân.
On y trouvait ainsi de nombreuses statues de bouddhas debout ou assis creusés dans des niches de la falaise et les cavernes comportaient souvent des peintures à fresque raffinées et très colorées produites par les moines.
Tandis que la Chine s’échine à hisser sa grandeur sur un pied respectable, et que l’œil du monde ne l’a jamais scrutée de plus près, « Bakchich » est allé rencontrer un de ses artistes dissidents, le sculpteur Wang Keping. Il participe depuis le mois de juin à l’exposition « China Gold » du Musée Maillol.
Étrangement, cet été les expositions sur la Chine fleurissent à Paris comme des boutons de litchis au Printemps. L’une d’entre-elles, « China Gold » s’est ouverte le 18 juin au musée Maillol. Elle offre une cartographie vivante d’un art chinois progressivement libéré du joug politique. Parmi la trentaine d’artistes rassemblés pour offrir un aperçu de la diversité de l’art contemporain chinois, un seul réside en France, Wang Keping. De même que parmi les photos, les tableaux aux couleurs criardes et les vidéos très avant-gardistes, seules ses sculptures de bois épurées se démarquent.
Exposition "China Gold"
Des mains, du bois, de l’humidité, et de l’humilité. Quatre mots pour décrire le personnage. Wang Keping est un artiste d’une simplicité désarmante, loin de ses confrères aux prétentions de conquête planétaire, exploitant la vague « Chine » et vendant toujours plus, toujours plus cher. Né en 1949, année de la conquête de « Beiping » (aujourd’hui Beijing, Pékin) par le Parti communiste, il est appelé « Keping » (ce qui signifie « conquérir Beiping ») et s’engage dans sa jeunesse comme garde rouge. Mais Wang qui s’étonne et se moque de la bêtise et de l’ignorance de ses supérieurs, se forge rapidement un esprit critique indépendant. De la ferme communiste aux tuyaux de plomberie, des planches de théâtre au plateau télé, à 30 ans, il en vient enfin à la sculpture.
C’est dans une Chine égarée après la disparition de Mao Zedong, qu’il engage véritablement son art dans une lutte politique, avec une vingtaine d’autres artistes militants chinois, il constitue le groupe des « Étoiles » (Xing Xing) en 1979. Plusieurs fois interdite, délocalisée, puis à nouveau ouverte, la première exposition du groupe est une date symbolique dans l’histoire de la liberté artistique en Chine. À l’époque, elle est couverte par la presse du monde entier.
Aujourd’hui, Wang Keping vit en France depuis 24 ans, même si, depuis dix ans, il est autorisé à rentrer dans son pays. La liberté des artistes est beaucoup plus grande qu’au temps du communisme mais il ne souhaite plus vivre en Chine car il ne s’y sent pas à sa place et s’oppose à la politique de ses dirigeants.« Je soutiens le dalaï lama par la pensée », dit-il.
Dans ce court espace temps de la rencontre, non loin de chez lui dans un quartier d’affaires du XIIIème arrondissement, l’artiste reste peu loquace. Il ne veut plus faire de politique. Pour lui, la Chine est à la mode, et l’art chinois un marché de plus pour les investisseurs du pays comme pour les étrangers, un vaste supermarché où des œuvres se vendent à 1 million d’euros. Il semble choqué. Un marché où les toiles d’artistes très réputés se fabriquent comme des peluches et des jouets en plastique, et sur lesquelles l’artiste en question ne pose que sa signature… « Les grands artistes sont très rares, aujourd’hui on ne donne plus que dans l’art conceptuel. On ne recherche plus le nouveau, on ne crée plus l’inédit, l’extraordinaire, mais on produit et reproduit l’ordinaire ». L’art, non plus une création mais une ré-création ? Un composant de plus dans l’univers de la consommation et du grand divertissement, une esthétique du superficiel.
Mother and child de Wang Keping
Peut être Wang est-il simplement d’une autre génération. Il n’est pourtant pas amer, mais presque indifférent, et ne parle déjà plus que de la peau du bois, de la forme des femmes et du toucher de la terre. Loin des lumières de Pékin.
Sur l’art contemporain chinois, lire aussi l’excellente critique de Jed Perl, « Mao Crazy » dans The New Republic.


Début de lecture, mais déjà je m'arrête pour me replonger dans l'actualité de l'époque... C'est donc une lecture lente, entrecoupée de recherches... formule que je trouve particulièrement plaisante.
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voir les nouveautés chez l'éditeur : http://www.editions-jclattes.fr/nouveautes/jc-lattes-nouvelles-parutions-hachette.html